Bonjour tout le monde,
Aujourd’hui, je vais me faire l’avocat d’un mot qui fait peur, d’un mot qui, dès qu’on le prononce, change la façon dont les gens nous regardent. Ce mot, c’est « patrie ».
Les définitions que l’on en trouve se recoupent, il s’agit la plupart du temps du pays où nous sommes né, où nous sommes citoyen (ce qui n’est pas forcément la même chose d’ailleurs…). L’étymologie nous confirme ça d’ailleurs, on retrouve dans ce mot le latin pater, le père.
Qu’est-ce donc alors qu’être patriote ? Tous aussi sont d’accord: est patriote qui aime sa patrie.
Mais voilà, aujourd’hui, dites que vous êtes patriotes, dites que vous aimé votre patrie, et vous êtes assurés de rapidement vous retrouver avec une étiquette de mec un peu bizarre, voire lobotomisé, ou même carrément facho.
On peut être patriote et de gauche. On peut être patriote et défendre des idéaux sociaux, démocrates, libertaires, égalitaires.
J’irais jusqu’à dire qu’on ne peut pas être engagé politiquement, on ne peut pas être crédible dans ses opinions sans être patriote. Pourquoi défendre une idée si ce n’est pas pour le bien de son pays ? Pour soi ? Je vois mal où est la politique de gauche dans la défense de son petit bout de gras.
Donc je le clame haut et fort: je suis patriote, j’aime mon pays, et pourtant ça ne m’empêche pas de ne pas aimer la façon dont il est gouverné. Au contraire même, c’est justement parce que j’aime mon pays que la politique actuelle de nos gouvernants me gonfle.
Et ce qui me gonfle aussi, c’est la façon dont les politiques ne font rien pour arranger l’image des « patriotes ». Compréhensible: imaginez, des gens « patriotes », ils risqueraient de vouloir que ça change, de vouloir faire bouger les choses. Alors c’est sur que si ils prennent bien soin de la mal-Education Nationale, ils vont pas nous faire aimer notre pays… Donc on commence par stigmatiser l’image du patriotisme: on rompt peu à peu le lien « Armée – Nation » bâtit lentement et difficilement depuis la fin de la conscription. Les années d’effort chiraquien pour faire oublier aux français l’image du Service Militaire obligatoire sont en cours d’anéantissement, et le retour se fait bien plus vite que l’aller.
On ne parle même plus des cérémonies de commémoration: au 8 mai, ils n’ont montré au 20h que le discours politique de Sarkozy et un défilé en Russie… Les russes eux, ont encore bien en tête l’idée de Patrie, et ils ont tout compris sur comment en tiré parti. A ce rythme là, d’ici un ou deux ans, on regardera d’un drôle d’œil les gens qui se rassemble autour d’un monument aux morts le 11 novembre, le 8 mai, et même le 14 juillet, qui est réduit à une démonstration matérielle à mille lieues de la réalité.
Alors j’en vois venir comprendre de travers ce que je dis. Je ne suis pas pour des festivités à la russe à faire défilé nos missiles sur les Champs Elysées. Je ne suis pas pour se rappeler la bonne vieille victoire sur l’envahisseur allemand. Mais se souvenir qu’au 8 mai on commémore la fin d’un conflit sanglant, le sacrifice de véritables patriotes, pas de skinhead casseurs d’arabes, pour moi, c’est un minimum. Comme se souvenir que ce même 8 mai 1945 commençait en Algérie le massacre de Sétif où des milliers d’innocent trouvèrent la mort sous les balles françaises.
Comme d’habitude, tout est affaire d’équilibre. Se souvenir de tout est difficile. Mais ne livrer qu’une version, qu’un côté de la balance, c’est ce qui forme des « faux patriotes ». Ceux qui ne se souviennent que du massacre, ou que de la victoire. Et ceux qui ne se souviennent de rien, ou qui croient qu’on fête le 8 mai l’élection de Sarkozy, ce sont des apatrides. Des gens qui ne pourront pas se sentir chez eux tant qu’ils n’aimeront pas ce « chez eux ». Si l’on aime pas notre « chez soi », y a deux possibilités: déménager, ou se bouger pour faire en sorte qu’on l’aime. Et ça, ça commence par bien voter.
Bien voter, pour pouvoir enfin avoir un gouvernement qui comprenne les problèmes de la France, et pas seulement à très court terme. Je reviens sur le lien Armée – Nation que j’évoquais plus haut. Durant toutes les années 2000, chaque année le « peuple » se rapprochait de son armée. De plus en plus au 14 juillet, on grimpait sur les véhicules, on discutait avec les militaires, on partageait des avis. Quand on les voyait manœuvrer, on les regardait faire, on prenait des photos. Et depuis quelques temps, un ami, acteur important dans l’entretien du lien Armée – Nation de part son activité associative, qui était toujours convié aux évènements important, portes ouvertes, manœuvres, exercices, etc, se voit refuser des autorisations de reportage. Il se fait repousser par des officiers ayant reçu des instructions. Alors quoi, il ne faut plus se rapprocher de la Nation ? L’armée doit redevenir « la grande muette » ? Si c’est le but recherché, il est atteint.
Récemment, et pour la première fois depuis longtemps, une personne à qui je disais que j’étais réserviste m’a dit « Ah bon ? Mais t’es tout jeune, comment ça se fait que tu sois obligé ? ». Je vous laisse deviner sa tête quand je lui ai dit que c’était un choix, que c’était volontaire. Si vous ne devinez pas, relisez la première phrase de ce billet.